Jean-Patrice Rozand Jean-Patrice Rozand
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Jean-Patrice Rozand

Le philosophe m'en a convaincu, la nature n'a pas de raison. Elle est ce qu'elle est. La projection de nos imaginations réglées ou débridées n'y changera rien. Il en va de même de sa beauté qui échappe aux définitions ou les satisfait toutes. Miroir ou écho, elle est le reflet de nos émotions qu'elle accueille sans rien exiger, ni rien imposer. L'esthétique des sculptures de Jean-Patrice Rozand est de cette nature là. Les formes s'inscrivent dans l'espace qu'elles animent et cet espace, en retour, révèle leur énergie vitale. Paradoxe d'un échange essentiel entre l'acier et le végétal. Tension sans cesse ravivée puis apaisée qui nous porte au ravissement. Les sculptures se fondent dans le paysage du parc de la Maison Hébert, compagnes d'emblée familières des arbres et des bosquets. Leur géométrie rigoureuse s'oublie au contact des formes contingentes des plantations du parc, alchimie singulière que catalyse la patine brune de l'acier.

Comme le bel arbre qui n'a pas de beau profil, la beauté des sculptures de Rozand nous touche quel que soit l'angle sous lequel on les approche. "Sculpture" est-il d'ailleurs le mot le plus approprié pour parler de ces constructions ? Les découpes planes aux bords rectilignes ou courbes constituent des faces articulées par des arêtes dont l'ombre crée une face duale pour une autre construction, cette fois virtuelle et éphémère. Le polyèdre d'acier et celui des ombres, selon une chorégraphie que décident le soleil ou la lune, le hasard des nuages, forment une œuvre changeante qui constitue chaque rencontre en une expérience unique.

L'harmonie du paysage que dessinent les sculptures de Rozand est celle des résonances entre les contrastes qui jouent sur toutes nos sensibilités. Résonnance tactile, entre le satin de l'acier patiné et la rugosité des troncs. Résonance optique, oscillation du regard entre l'austérité euclidienne des plans, des courbes, et la débauche fractales des ramures. Résonance acoustique, énergie musicale de la brise soumise tour à tour aux lois d'une géométrie métrique et à l'imprévisibilité folle des branches et des feuilles.

Texte tiré du blog lary-stolosh.blog.lemonde.fr